A cause du téléchargement illégal, la France est à la traîne
Le 01/10/2008 - Denis Ladegaillerie, PDG de Believe
PCT : La distribution numérique est-elle un modèle économique rentable ?

Denis Ladegaillerie : Bien sûr, nous employons 50 personnes dans 5 pays d'Europe et nous sommes profitables. La distribution numérique est un modèle économique qui bénéficie à tout le monde car les coûts de distribution sont plus faibles. Il est plus facile de mettre de la musique en ligne sur iTunes, Fnacmusic ou Virgin Mega que d'achalander un magasin avec le nombre adéquat de CD. Nous pouvons ainsi verser aux artistes des royalties trois, quatre ou même cinq fois supérieures à ce qu'ils touchent sur un CD. De plus, ces artistes peuvent se faire connaître plus facilement à l'étranger. Nous avons d'ailleurs des artistes français célèbres en Australie et en Suède sans jamais avoir mis les pieds dans ces pays.

PCT : Que pensez-vous du téléchargement illégal ?

DL : A cause de lui, la France est à la traîne. Believe est présent en France, en Allemagne, en Italie, en Grande-Bretagne et en Espagne, tout en ayant une majorité d'artistes français. Pourtant, nous réalisons 80 % de notre chiffre d'affaires à l'étranger. A titre d'exemple, le numérique représente un achat sur deux aux États-Unis et seulement un sur vingt en France, alors que le marché du CD chute d'une manière identique dans les deux pays. Il y a quatre ans, Sony Music France c'était 400 salariés, aujourd'hui ils en reste péniblement 180. Les petites boîtes ne sont pas mieux protégées. Sur six personnes en moyenne, il en reste une et un stagiaire. En 2007, une quarantaine de producteurs indépendants ont d'ailleurs été obligés de fermer boutique.

PCT : Vous êtes donc favorable à la riposte graduée ?

DL : Nous sommes favorable à la riposte graduée ou à toute autre législation efficace. Aux États-Unis, il y a chaque année plusieurs dizaines de milliers de poursuites entamées contre le téléchargement illégal. Pouvez-vous me citer en France un seul juge ayant intenté une action de ce type récemment ? Je constate que dans les pays où il existe une réglementation, notamment en Allemagne, aux États-Unis et en Grande-Bretagne, la distribution numérique est devenu un modèle économique parfaitement viable.

Propos recueillis par Dirk Basyn

Denis Ladegaillerie travaille depuis dix ans dans le secteur des nouveaux médias en Europe et aux Etats-Unis. Avant de fonder Believe en décembre 2004, il dirigeait les activités Internet et nouveaux média de Vivendi Universal aux Etats-Unis, comme directeur stratégique et financier. Dans ce cadre, il a notamment participé à la restructuration et au développement du premier service de téléchargement de musique en ligne (eMusic), du premier site de communauté musicale (MP3.com), du premier distributeur mobile de sonneries et de logos (Moviso/Infospace Mobile) ainsi qu'au déploiement de Rollingstone.com. Il est diplômé de Sciences-Po, de l'ESCP, de la Duke University et du barreau de New York. 

Il participera à l'Executieve briefing organisé le 24 octobre à l'hôtel Meurice à Paris par Premier Cercle, en association avec The Wall Street Journal, en partenariat avec Capgemini et avec le soutien de Partech ur le thème Nouveaux business modèles : Quels investissements, quelle organisation, quelle rentabilité ?

Vos commentaires
Julien2.0 le 1 October à 14h51
Entièrement d'accord sur le fait que la France n'est pas très bien placée en terme de téléchargement numérique légale. Nous devrions donc envisager la riposte graduée comme une manière adaptée aux problèmes, c'est toujours mieux que les risques d'amendes élevées comme c'est le cas aux US, et le test en UK de ce genre d'initiative a plutôt bien fonctionné. Un exemple à suivre peut être ?
Etienne le 1 October à 17h59
"Il y a quatre ans, Sony Music France c'était 400 salariés, aujourd'hui ils en reste péniblement 180. Les petites boîtes ne sont pas mieux protégées. " On s'offusque de la gratuité de la musique en revanche aucune "entreprise" ne trouve à redire lorsqu'elle dipose d'un employés gratuits. Puisque vous ne payez plus vos salariés, comment voulez vous qu'ils achetent des disques? LA "stagiarisation" dans les maisons de disques est bien antérieure à l'apogée du téléchargement. Le téléchargement est la réponse gratuité à la précarisation dans ce milieu. (En revanche les taux de distribution de dividendes n'ont en aucun cas diminué...) ""Il y a quatre ans, Sony Music France c'était 400 salariés, aujourd'hui ils en reste péniblement 180." Oui 180 Interimaires et 220 stagiaires non rémunérés...vive la valeur travail
tinmar le 3 October à 14h36
@ Etienne : « Le téléchargement est la réponse gratuité à la précarisation dans ce milieu. » Quel rapport ? Il faut m’expliquer, là. Au passage, les maisons de disque sont beaucoup plus clean depuis quelques années.
Réagissez à cet article
(obligatoire)
(ne sera pas publié) (obligatoire)
(obligatoire)
(obligatoire)
     Evénement
Télécoms/Médias/Internet
Telecoms 2008
Telecoms 2008

Avec notamment la présence de :

Luc Chatel
Eric Besson
Frank Esser

L'événement incontournable des dirigeants pour tout savoir sur l'avenir du secteur et ses enjeux !
A Paris, les 11 et 12 décembre
Telecoms 2008
accueil
haut-débit
mobilité
réseaux et systèmes
sécurité
actualité
interviews
avis d'experts
Ils parlent de vous
Carré VIP
Newsletter
mot clés
| A propos de Premier Cercle | Les conférences Premier Cercle | Contact |